Le jubé de la chapelle Saint-Fiacre du FAOUËT
Quoi que de plus reposant qu’une promenade sous le frêle rayonnement du soleil du mois de février… Laissant mon bel Érudit philosopher avec la noblesse masculine du duché devant l’âtre de notre maisonnée, je pris le chemin de la chapelle Saint-Fiacre.
Le calme et les chants des oiseaux bercent chacun de mes pas. La route est longue… mais la voici bientôt devant moi, se dressant tout en granit en forme de croix latine. De nombreux détails architecturaux et décoratifs tels que niches, fenêtres et gargouilles apportent une certaine vie. Mes pas vont cependant me mener directement au jubé… source d’émerveillement pour moi.
Le jubé, mot désignant une tribune réservée à la lecture des saintes écritures.
Son origine vient de la phrase que le diacre ou le lecteur prononce pour solliciter la bénédiction du célébrant : « jube Domine benedicere… » (ordonne Seigneur de bénir…).
Répandu au XIIIème siècle, il est cependant localisé en face de la porte au Moyen-Age. Il a une double fonction ; il prolonge la clôture délimitant le chœur du reste du sanctuaire formant ainsi une église dans l’église réservée aux chanoines et sert de grand pupitre où l’on monte pour les lectures.
Construits en pierre ou en bois, ils sont sculptés, peints de couleurs criardes pour révéler des scènes imagées où se mélangent des thèmes religieux et des thèmes profanes.
Le jubé situé au Faouët a été réalisé par Olivier de Loërgan (ouvrier) entre 1450 et 1480. La date 1480 est inscrite sur un phylactère porté par un ange situé au sommet de l’arc gauche de la porte centrale. Il s’agit de l’époque de son achèvement. Les mécènes sont les seigneurs de Faouët, les Boutteville qui vont marquer de leur empreinte la cité du Faouët entre 1340 et 1550.
Sa polychromie est magnifique. Repeint au XVIIème siècle et restauré en 1866, il a gardé toute sa magnificence.
Je m’assois sur un banc et je laisse vagabonder mes yeux sur les multiples détails de cette création… les voûtes à clefs pendantes, la crucifixion, la Vierge Marie, les anges, Adam & Ève et le pêché originel, la résurrection et le baptême d’un jeune homme par Saint-Martin… un renard déguisé en moine leurrant les poules, la vengeance des poules qui émasculent le renard, un cerf galopant, les fleurs de lys, les hermines et les cordelières évoquant probablement les dévotions franciscaines des ducs Pierre II et François II, puis une série de scènes de la vie quotidienne relatant les péchés capitaux, deux anges portant des écus effacés aujourd’hui mais évoquant sans doute les donateurs, un lion, une licorne, un singe, un loup…
Mais quelle imagination débordante et quel travail d’artiste. Le jubé du Faouët compte une centaines de personnages et d’animaux que l’on découvre progressivement et qui illustre parfaitement ce mélange d’humour et de sérieux caractéristique du médiéval.
Malheureusement, il est l’un des rares exemples de jubé paroissial encore existant ayant échappé aux destructions.
Si vous passez par la Bretagne, je vous engage à venir l’admirer et laisser votre âme vagabonder.
Pour l’heure, je m’en retourne, longeant un petit cours d’eau, l’heure d’un bon vin chaud a sonné.
Dame Aeline










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